RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) - Tony Querrec
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Jugement ou Rêve de Pâris

1508
Numéro d’inventaire
812 LR/ Recto
Anciens numéros d'inventaire :
ER 16095
Référence de l'inventaire manuscrit :
vol.1, p.42
Collection
Département des Arts graphiques
Collection Edmond de Rothschild
Artiste / Auteur / Ecole / Centre artistique
Cranach l'ancien, Lucas (1472-1553), gravé par
Ecole allemande

description

Dénomination / Titre
Jugement ou Rêve de Pâris
Type d'objet
Gravure
Description / Décor
Commentaire :
Le Jugement ou Rêve de Pâris d'Albrecht Altdorfer est une des premières gravures sur bois signées et datées par l'artiste. Des1511, en eff et, Altdorfer livre plusieurs xylographies(Saint Georges combattant le dragon[cat. 23a] ; Le Massacre des Innocents[cat. 23b] ; Couple d'amants dans une forêt1)qui témoignent de son intérêt pour cette technique. Le Jugement de Pâris est sans doute la plus ambitieuse des quatre feuilles, tant par son sujet que par le traitement des formes. Les nombreux points communs avec la gravure sur bois du Jugement de Pâris de Cranach, datée de 1508, ont été maintes fois soulignés, et il est bien évident qu'Altdorfer s'est inspiré de cette estampe pour élaborer sa composition. Cranach a su faire de ce thème- jusqu'alors cantonné a des panneaux de cassone, des enluminures et des illustrations dans le livre imprimé - une image ambitieuse et autonome, et a représenté de manière inédite la nudité des déesses, s'inspirant notamment des gravures de Jacopo de' Barbari ou d'Albrecht Dürer. Il manifeste sa connaissance du texte médiéval de Guido de Columna, qui relate dans son Historia destructionis Troiae,principale source littéraire pour cet épisode, la façon dont Pâris, s'étant endormi lors d'une halte au cours d'une chasse, voit apparaître en songe Mercure, lequel lui demande de désigner qui, de Junon, Minerve ou Vénus, est la déesse la plus belle. Altdorfer connaissait également l'interprétation de ce récit par les humanistes de l'époque, exposée dans l'ouvrage de Jakob Locher, publié en 1502, dans celui de Johannes Baptista Cantalicius, a Wittenbergen 1504, et dans le fameux discours sur ce thème que Nikolaus Marschalk prononça devant les bacheliers es arts de l'université de Wittenberg le 18 janvier 1503. Le Jugement ou songe de Pâris était en effet considéré non seulement comme un épisode intéressant de la guerre de Troie, mais aussi comme un exemplum moral. Pâris devait en réalité choisir entre trois modes de vie : contemplative ou sage avec Minerve, active avec Junon, voluptueuse avec Vénus. Succombant a la promesse de cette dernière de lui donner pour épouse la femme la plus belle de Grèce, Pâris, par ce choix charnel, conduisit son peuple a la guerre de Troie et à la ruine. Le propos moral est certes bien présent chez Altdorfer, mais orienté dans un sens davantage chrétien et philosophique : comme à son habitude lorsqu'il s'agit d'une reprise, l'artiste ne se borne pas à fournir une vile réplique Albrecht a ainsi introduit dans son œuvre plusieurs éléments absents de la gravure de Cranach, parmi lesquels le petit amour apparaissant de manière surnaturelle dans le ciel, les yeux bandés, pointant son arc vers Pâris, ou Éris, la déesse de la Discorde, qui, mécontente de n'avoir pas été invitée aux noces de Thétis et Pelée, décide, en représailles, de jeter au milieu de l'assemblée une pomme d'or destinée à la plus belle des trois déesses. Le cupidon n'a été que rarement représenté dans le Jugement de Pâris avant Albrecht Altdorfer2.Sa présence souligne la passivité du héros en proie à ses sens et a son désir. Le choix de Pâris est donc pleinement condamnable selon une perspective chrétienne, puisqu'il est suscité par la chair3. La présence de la Discorde est en revanche un emprunt direct a l'estampe de l'Aigle impérial de Hans Burgkmair, datée de 15074. D'une iconographie complexe, conçue par l'humaniste Conrad Celtis, cet aigle est une allégorie du bon gouvernement de l'empereur. Il couvre de ses ailes une fontaine couronnée par Maximilien, la source se déversant dans un premier bassin ou se baignent les neuf Muses, et dans un second, ou s'ébattent les arts libéraux. Devant le socle de cette fontaine est figuré un Jugement de Pâris, devant lequel se dresse la Discorde, car, ainsi que nous l'indique la légende, Errando discitur Philosophia, c'est en se trompant que l'on apprend la philosophie. L'erreur de Pâris engendre la discorde, mais elle est a la source de toute démarche philosophique, qui implique de faire un choix, même mauvais5.Un tel discours, complexe et sophistiqué, laisse penser qu'Altdorfer ne souhaitait pas seulement donner une représentation courtoise et morale d'un thème qui par ailleurs lui permettait de démontrer sa maîtrise du nu féminin : il signe ici une estampe au contenu volontairement érudit, que seul un petit cercle d'humanistes était capable d'apprécier6 (1. Mielke 1997, no w. 88 ; Winzinger 1963a, no 17. 2. Pour différentes oeuvres de comparaison, nordiques ou italiennes des xve-xvie siecles, voir Healy 1997, p. 9-45. 3. Mielke (dans Berlin et Ratisbonne 1988) a d'ailleurs vu une tête de diable dans la forme a droite du cupidon, au milieu d'une nuée. 4. Hollstein's German 1954-2018, V, no 800 ; Schauerte 1997, p. 78-82. 5. Cologne, Munich et Anvers 2000-2001, n° G24. 6. Bushart 2004, p. 66-67) » 'S. Lepape, 2020). Bibliographie : A. Bartsch Le Peintre graveur', 1808, VII, p. 291, no 114 Hollstein's German 1954-2018, VI, no 104 'Lukas Cranach. Gemälde, Zeichnungen,Druckgraphik', ( Bâle, Kunstmuseum Basel, 1974), cat. sous la dir. de Dieter Koepplin et Tilman Falk, Bâle, 1974, 2 vols., Bâle 1974, I, p. 211-213, II, p. 613-623 R. Braig in 'Altdorfer et le réalisme fantastique dans l'art allemand', ( Paris, Centre culturel du Marais, 1984), cat. sous la dir. de Jacqueline et Maurice Guillaud, présenté par Fedja Anzelewsky et al., Paris, 1984, n° 267 'Lucas Cranach, ein Maler-Unternehmer und Franken', (Kronach, Festung Rosenberg, et Leipzig, Museum der bildenden Kunste, 1994), cat. sous la dir. de Claus Grimm, Johannes Erichsen et Evamaria Brockhoff, Ratisbonne, 1994., p. 139-142 Faszination Venus - Bilder einer Göttin von Cranach bis Cabanel', (Cologne, Wallraf-Richartz-Museum, Munich, Alte Pinakothek, et Anvers, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten, 2000-2001), cat. sous la dir. de Ekkehard Mai, Cologne, 2000., no G22 E. Bierende,' Lucas Cranach d. Ä. und der deutsche Humanismus', Munich et Berlin, 2002, p. 195-209 'Lucas Cranach, Glaube, Mythologie und Moderne', (Hambourg, Bucerius Kunst Forum, 2003), cat. sous la dir. de Werner Schade, Ostfildern-Ruit, 2003. M. Bushart, 'Sehen und Erkennen Albrecht Altdorfer religiöse Bilder, Munich, Berlin, 2004,, p. 56-67 A. Kunz in 'Cranach et son temps (Bruxelles, palais des Beaux-Arts, et Paris, musée du Luxembourg,2010-2011), cat. sous la dir. de Guido Messling, Paris, 2010., no 100 S. Vlachos, 'Deformation und Verfremdung eine Stiltendenz in der deutschen Kunst um 1500', Kiel, 2012, p. 307-311 G. Messling, Fantastische Welten. Albrecht Altdorfer und das Expressive in der Kunst um 1500', (Francfort, Städel Museum, et Vienne, Kunsthistorisches Museum, 2014-2015), cat. sous la dir. de Jochen Sander, Stefan Roller, Sabine Haag et Guido Messling, Munich, 2014.2014-2015, no 7 D. Görrer in 'Lucas Cranach der Ältere, Meister - Marke - Moderne (Düsseldorf, Museum Kunstpalast, 2017), cat. sous la dir. de Danel Görrer, Gunnar Heydenreich et Beat Wismer, Munich, 2017, no 63 S. Lepape in 'Albrecht Altdorfer. Maître de la Renaissance allemande', Hélène Grollemund, Olivia Savatier Sjöholm, Séverine Lepape, cat. exp. Paris, musée du Louvre, 1er octobre 2020 - 4 janvier 2021, Paris, 2020, n° 8a, pp. 64-65, repr. p. 65

Caractéristiques matérielles

Dimensions
Dimensions à la feuille : H. 0,366 m ; L. 0,256 m
Dimensions au trait carré : H. 0,366 m ; L. 0,256 m
Matière et technique
Gravure sur bois
H. 36,6 ; L. 25,6 cm
Monogrammé LC et daté 1508 dans la partie inférieure, sous le chien

Lieux et dates

Date de création / fabrication
1508

Données historiques

Historique de l'œuvre
Wilhelm Eduard Drugulin (1825-1879), marque au verso (L. 2612) ; Pierre Beresoff , vente Dresde, 10-12 mai 1882, no 201 : acquis par A. W. Thibaudeau pour le baron Edmond de Rothschild ; don au musée du Louvre en 1935. Œuvre conservée dans le portefeuille n°51 du baron Edmond de Rothschild jusqu'en 2016.
Détenteur précédent / commanditaire / dédicataire
Dernière provenance : Rothschild, baron Edmond de
Mode d’acquisition
don
Date d’acquisition
1935

Localisation de l'œuvre

Emplacement actuel
Réserve Edmond de Rothschild

Index

Expositions

- Albrecht Altdorfer. Maître de la Renaissance allemande, Paris, Musée du Louvre, 01/10/2020 - 08/03/2021
Dernière mise à jour le 24.09.2020
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