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Quatre scènes de la Passion du Christ : Flagellation, Dérision, Chemin de Croix, Mise en Croix

1450 / 1500 (2e moitié du XVe siècle)
RFML.ABCO.2025.1.101
Département des Arts de Byzance et des chrétientés en Orient
Inventory number
Numéro principal : RFML.ABCO.2025.1.101
Artist/maker / School / Artistic centre
Russie Novgorod

Description

Object name/Title
Titre : Quatre scènes de la Passion du Christ : Flagellation, Dérision, Chemin de Croix, Mise en Croix
Désignation : Icône
Description/Features
Divisée en quatre champs narratifs, cette icône déploie des épisodes de la Passion du Christ issus des Évangiles : la Flagellation, la Dérision, le Chemin de Croix et la Mise en Croix. Peinte dans la région de Novgorod vers le milieu du XVe siècle, l’œuvre allie rigueur architecturale et intensité narrative. Le peintre orchestre le récit visuel en alternant la compression de l’espace et les ouvertures monumentales. Ainsi, l’isolement du Christ lié à une colonne rouge porphyre dans la scène de la Flagellation répond à la scène de la Dérision, où sa figure se trouve enserrée dans une masse compacte de casques coniques et de lances qui rappellent les groupes de soldats sur une célèbre icône du milieu du XVe siècle conservée au Musée d’histoire et d’architecture de Novgorod représentant la bataille entre les Souzdaliens et les Novgorodiens lors du siège de 1170. Sur l’icône, au cœur de l’agitation de la scène, le manteau pourpre dont le Christ est revêtu, symbole impérial tourné en dérision, capte l’attention et affirme, paradoxalement, sa souveraineté absolue. Plus bas, le Chemin de Croix s’ouvre sur un sol vert sombre dont la tonalité grave unifie la composition, menant la procession jusqu’au Golgotha. La Mise en Croix, qui clôt ce cycle, se déploie avec une maîtrise saisissante. L’impassibilité des visages déplace l’intensité tragique vers la structure même de l’image : les gestes anguleux et tendus des bourreaux qui hissent le Christ s’opposent à la géométrie tranquille du bois sacré. Le regard est ainsi guidé à travers ces scènes par un jeu subtil de relations entre les corps et par des accents rouges qui rythment le panneau. Par ces jeux de couleurs, ses tonalités muettes et son agencement, l’œuvre s’inscrit pleinement dans le grand art de la région de Novgorod, qui établissait alors un pôle de stabilité et un foyer d’effervescence artistique majeur, contrastant avec le tumulte et l’instabilité politique qui déchiraient les territoires plus méridionaux de la Russie. Cette œuvre a peut-être servi de modèle à des tabletki, de petites icônes liturgiques portatives conçues pour être présentées au plus près des fidèles sur les pupitres des églises lors des fêtes liturgiques correspondantes. L’une de ces tabletki, issue d’un important ensemble de la fin du XVe ou du début du XVIe siècle trouvé à la cathédrale Sainte-Sophie de Novgorod, reproduit en effet fidèlement la composition de cette icône.

Au-delà de sa puissance visuelle, cette icône est un témoin privilégié de l’histoire des collections d’art russe médiéval. Acquise dans les années 1930 par le collectionneur américain George Rice Hann lors des grandes ventes d’État soviétiques, elle fut soupçonnée en 1981 d’être un faux fabriqué par des restaurateurs modernes pour le marché occidental. Il a fallu attendre des analyses scientifiques rigoureuses, menées conjointement par le C2RMF et le département des Arts de Byzance et des chrétientés en Orient, pour définitivement lever les doutes sur son authenticité. S’étirant sur plus d’un siècle, le dossier de cette icône concentre ainsi les moments décisifs de la réception moderne de l’icône : sa redécouverte en tant qu’œuvre d’art, les pratiques de restauration qui en ont façonné l’apparence, les ventes soviétiques et, enfin, les controverses occidentales sur l’authenticité qui ont durablement reconfiguré son statut et le regard qu’on lui porte. Pleinement réhabilitée, l’icône des Quatre Scènes de la Passion s’impose donc aujourd’hui comme un jalon de la peinture du monde slave septentrional au milieu du XVe siècle mais aussi de l’histoire de la réception de l’icône.
[Adrien Palladino - juin 2026]

Physical characteristics

Dimensions
Hauteur : 55,9 cm ; Largeur : 41,9 cm
Materials and techniques
tempera sur fond d'or sur bois

Places and dates

Date
2e moitié du XVe siècle (1450 - 1500)
Place of origin
Novgorod

History

Object history
Galerie Tretiakov - vendue en 1931 par l'Antikvariat (instance soviétique ayant autorité pour la vente du trésor national russe) à George Rice Hann (facture de l'Antikvariat n° 5109) ; vente de la collection George R.Hann chez Christie's à New-York le 17 avril 1980 , lot 76, acquise par un collectionneur de la Nouvelle-Orléans pour 24 000 dollars ; collection Richard Kaufman ; vente Icons, Russian Pictures and Works of Art, Sotheby's Londres le 30 novembre 1990, lot 554 ; vente Russian Pictures and Works of Art, Sotheby's Londres, le 24 novembre 1992, lot 238 où elle est acquise par Georges Abou Adal
Collector / Previous owner / Commissioner / Archaeologist / Dedicatee
Galerie Tretyakov, Institution / Musée
George Rice Hann, Collectionneur, 1931-1980
Kaufman, Richard, Collectionneur, jusqu'en 1990
Abou Adal, Freddy, Collectionneur
Abou Adal, Georges, Collectionneur
Acquisition details
achat
Acquisition date
date de commission des acquisitions : 13/11/2024
date du conseil artistique des musées nationaux : 11/12/2024
date d'affectation : 07/01/2025
date de décision : 07/01/2025
date de l'inscription sur l'inventaire : 07/01/2025
Owned by
Etat
Held by
Musée du Louvre, Département des Arts de Byzance et des chrétientés en Orient

Location of object

Current location
non exposé

Index

Mode d'acquisition
achat

  • Durand, Maximilien, « Restaurer le regard porté sur les icônes. », Grande Galerie, le journal du Louvre, n° 75, Eté 2026, ill. p. 66
  • Cândea Virgil (dir.), Lumières de l'Orient chrétien. Icônes de la collection Abou Adal, cat. exp. (Genève, musée d'art et d'histoire, 12 décembre 1996 au 4 mai 1997), Beyrouth, Art et Patrimoine S.A., 1997, p. 228-229, ill. p. 228, n° 101
  • Cândea Virgil (dir.), Icônes grecques, melkites, russes. Collection Abou Adal, cat. exp. (Paris, musée Carnavalet, 25 mai - 14 juillet 1993), Genève, Editions Albert Skira S.A., 1993, p. 296-297, ill. p. 296, n° 97
  • Teteriatnikov, Vladimir, Icons & Fakes : Notes on the George R. Hann Collection, New York, Tetetriatnikov Art Expertise Ltd, 1981, 3 volumes, p. 6, 66-67 (vol 1), cat. 4 (vol.2, p. 112-113)
  • Rice, Tamara Talbot, Russian icons, New York, Marboro Books, 1963, p. 32-33, pl. XXI
  • Gaul, Harvey, « A memorable Icon Exhibition Hangs at Carnegie Institute », The Musical Forecast, Février 1944, p. 5, non repr.
Last updated on 03.06.2026
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