RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) - Tony Querrec
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Thisbé pleurant sur le corps de Pyrame

1518
ALTDORFER Albrecht, gravé par
Numéro d’inventaire
765 LR/ Recto
Anciens numéros d'inventaire :
ER 17195
Référence de l'inventaire manuscrit :
vol.1, p.40
Collection
Département des Arts graphiques
Collection Edmond de Rothschild
Artiste / Auteur / Ecole / Centre artistique
ALTDORFER Albrecht (vers 1482/1485-1538), gravé par
Ecole allemande

description

Dénomination / Titre
Thisbé pleurant sur le corps de Pyrame
Type d'objet
Gravure
Description / Décor
Commentaire :
"Le dessin d'Erlangen est la première pensée pour la gravure sur bois de 1518 consacrée à l'histoire de Pyrame et Thisbé, racontée par Ovide dans ses Métamorphoses (IV, 35-166) (1).Les deux jeunes gens, dont les amours sont contrariées par l'inimitié que se vouent leurs parents, ont convenu de se retrouver secrètement une nuit près du tombeau de l'ancien roi assyrien Ninus. Celui-ci est situé à proximité d'une source ici représentée à l'arrière-plan sous une large voûte, devant laquelle est posée une gourde. Thisbé arrive en premier, mais l'apparition d'une lionne à la gueule ensanglantée, venue étancher sa soif après la chasse, la fait fuir. Ce faisant, elle abandonne son voile, que l'on aperçoit au premier plan sur un angle de la pierre tombale. Avant de quitter les lieux, la lionne mord le voile et le déchire, si bien que Pyrame, arrivant à son tour, croit sa bien-aimée dévorée par un fauve et, de désespoir, plonge son épée dans sa poitrine. Lorsque Thisbé revient sur le lieu du rendez-vous, elle découvre horrifiée la méprise de son amant à l'agonie et décide de le suivre dans la mort. Altdorfer aborde à plusieurs reprises ce sujet très en vogue dans les arts visuels au début du xvIe siècle (2). Apres le dessin de Berlin exécuté vers 1511 (3), où Pyrame est placé parallèlement au plan de l'image comme dans la plupart des représentations de l'époque, le maître de Ratisbonne se saisit de ce thème pour représenter des corps allongés dans des raccourcis audacieux (4). Il est possible de retracer les stades successifs de la genèse de cette composition, depuis le groupe autour de la Vierge évanouie dans la Descente de Croix d'après Mantegna (cat. 32a) jusqu'à la copie datée 1513 du dessin d'Altdorfer représentant Pyrame et Thisbé (cat. 35b), en passant par la Lamentation dessinée par l'artiste sur la matrice de Munich datée 1512 (cat. 35a).Cette nouvelle étape est marquée par le renversement du corps de Pyrame, figuré désormais les pieds vers le spectateur, tout comme Sisera dans une gravure sur bois exécutée à la même époque (cat. 37a). La position de Pyrame allongé reprend ici celle de l'homme à terre sur le point d'être exécuté au premier plan du Martyre des dix mille peint par Dürer en 1508 (5), le genou gauche relevé et le coude dessinant un angle droit, dont le volume est ici amplifié par l'imposante manche a crevés du costume qui reflète la mode des années 1510.Cette position peu naturelle pour un homme rendant son dernier souffle est reprise peu de temps après par Wolf Huber dans sa xylographie représentant Pyrame et Thisbé (6).Le dessin d'Erlangen est une esquisse libre, au trait vif, nerveux et rompu, avec de nombreux repentirs, notamment au niveau du genou droit de Pyrame. Nous ne connaissons que deux autres feuilles d'études similaires, également conservées à Erlangen (7), dont l'une est tracée sur un papier identique à celui-ci (8). L'historique commun de ces trois feuilles, issues probablement de la collection de Willibald Imhoff a Nuremberg, laisse penser qu'elles pourraient provenir de la succession de l'atelier de l'artiste (9). Leur écriture se distingue nettement des dessins autonomes soigneusement achevés par Altdorfer et son atelier. L'artiste n'hésite pas à repasser plusieurs fois sur les contours, internes et externes, constitués d'une multitude d'arcs brisés, pour rechercher la forme juste. De longues hachures parallèles serrées entourent les figures pour suggérer l'ambiance nocturne de la scène, tandis que la végétation est rapidement ébauchée par de larges boucles, similaires à celles que l'on observe sur les dessins sous-jacents du maître (10).Dans le dessin d'Erlangen, l'éclairage venant de droite, inhabituel, pourrait indiquer qu'Altdorfer a anticipé son inversion lors du processus d'impression (11). Le maître concentre son attention sur les deux protagonistes, dont il reprend ensuite les dimensions exactes dans sa xylographie. La caractérisation des traits des visages, le détail des vêtements et de l'arrière-plan n'interviennent qu'à l'étape de la gravure. La xylographie de 1518 diffère de la feuille d'Erlangen non seulement par son degré d'achèvement, mais aussi par le changement apporté à la figure de Thisbé, qui se redresse et se tourne légèrement en direction du spectateur, les mains jointes dans un geste de prière proche de celui de la sainte femme sur le bois de Munich (cat. 35a). Le recueillement de cette figure digne et monumentale nous oriente vers une interprétation chrétienne du récit antique, véhiculée depuis le Moyen Âge par l'Ovide moralisé. Ainsi que l'analyse Thomas Noll, Pyrame représente le Christ et Thisbé l'âme du croyant qui, comme la Vierge, répond à la Passion par la compassio, le coeur transpercé d'une épée. Le couple de Pyrame et Thisbé était également présenté comme un modèle d'union chrétienne, un exemplum de fidélité conjugale, allant jusqu'au sacrifice de soi (12). Cela contribue à expliquer ce qui pourrait passer de prime abord pour une erreur iconographique: la figure de Thisbé porte une coiffe sphérique (kugelhaube) indiquant son statut de femme mariée. L'intimité du couple est également évoquée de manière moins chaste par le drapé de la robe de Thisbé couvrant la cuisse droite de Pyrame et une partie du long fourreau de l'épée placé entre les jambes de son amant.» (1. Sur les discussions au sujet de la lecture de la date, qui fut longtemps interprétée comme1513, voir Berlin et Ratisbonne1988, no 99 (H. Mielke).2. Voir Noll 2004, p. 291-293.3. Berlin, SMB -Kupferstichkabinett, inv. KdZ 83 ; Winzinger 1952,no 27.4. Par exemple le petit burin no e .51 dans Mielke 1997.5. Vienne, KunsthistorischesMuseum, inv. 835.6. Winzinger 1979, no 266.7. Le Lansquenet avec une grande lance et le Saint en prière dans un paysage de montagnes avec au verso une Lamentation, Erlangen, GraphischeSammlung der Universität Erlangen-Nürnberg, Inv. B804et B807 ; Winzinger 1952, nos 106, 97, 98 ; Dickel 2014, nos 4 et 6 (I. Brahms).8. Inv. B807, voir Winzinger1960, p. 15, confirmé par de récentes investigations, voir Dickel 2014, no 5 (I. Brahms).9. Winzinger 1952, p. 44.10. Voir par exemple Dunkerton, Foister et Penny1999, p. 202.11. Oettinger 1959, p. 60.12. Sur l'interprétation chrétienne, voir Noll 2004, pp. 343-344) (O. Savatier, 2020). Bibliographie : A.Bartsch, 'Le peintre graveur', 1803-1821, VIII, no 61 Friedländer, 1923, p. 56 ; Bock 1929, sous no 806 Becker 1938, note 16 p. 36 H. Becker, 'Die Handzeichnungen Albrecht Altdorfers', Munich, 1938 (Münchener Beiträge zur Kunstgeschichte, 1, no 324 Baldass 1941, p. 98-99, 193 Benesch 1947 Winzinger 1950, p. 202 F. Winzinger, 'Albrecht Altdorfer.Zeichnungen. Gesamtausgabe', Munich, 1952, sous no 99 ; K. Oettinger , 'Datum und Signatur bei Wolf Huber und Albrecht Altdorfer: zur Beschriftungskritik der Donauschulzeichnungen', Erlangen, 1957, p. 54 K. Oettinger, 'Altdorfer-Studien', Nuremberg, 1959 (Erlanger Beiträge zur Sprach-und Kunstwissenschaft, 3), p. 60-61 F. Winzinger, 'Albrecht Altdorfer. Graphik. Holzschnitte. Kupferstiche. Radierungen', Munich, 1963, no 22 M. Roth in 'Altdorfer et le réalisme fantastique dans l'art allemand', cat. exp. (Paris, Centre culturel du Marais, 1984, cat. sous la dir. de Jacqueline et Maurice Guillaud, Paris, 1984, no 58 H. Mielke in 'Albrecht Altdorfer. Zeichnungen, Deckfarbenmalerei, Druckgraphik', cat. exp. Berlin, Staatliche Museen zu Berlin Kupferstichkabinett, et Ratisbonne, Museen der Stadt Regensburg, 1988), cat. sous la dir. de Hans Mielke, Berlin, 1988, no 100 Ursula Mielke, 'The New Hollstein German Engravings, Etchings and Woodcuts 1400-1700: Albrecht and Erhard Altdorfer', Rotterdam, 1997, no w. 76 Th. Noll, 'Albrecht Altdorfer in seiner Zeit.Religiöse und profane Themen in der Kunst um 1500', Munich, 2004, pp. 291-293 G. Messling in '100 Meisterzeichnungen aus der Graphischen Sammlung der Universität Erlangen-Nürnberg', cat. exp. Nuremberg, Germanisches Nationalmuseum, 2008, cat. sous la dir. de Rainer Schoch, Nuremberg, 2008, sous le no 60 S. Vlachos, 'Deformation und Verfremdung: eine Stiltendenz in der deutschen Kunst um 1500', Kiel, 2012, p. 295 O. Savatier Sjöholm, 'Altdorfer et l'espace de la narration' in 'Albrecht Altdorfer. Maître de la Renaissance allemande', Hélène Grollemund, Olivia Savatier Sjöholm, Séverine Lepape, cat. exp. Paris, musée du Louvre, 1er octobre 2020 - 4 janvier 2021, Paris, 2020, pp. 124-133, voir pp. 125-126 et pp. 144-145, n° 36b, repr. p. 145 S. Lepape, 'Altdorfer et l'art de l'estampe' in 'Albrecht Altdorfer. Maître de la Renaissance allemande', Hélène Grollemund, Olivia Savatier Sjöholm, Séverine Lepape, cat. exp. Paris, musée du Louvre, 1er octobre 2020 - 4 janvier 2021, Paris, 2020, pp. 29-35, voir pp. 32-34

Caractéristiques matérielles

Dimensions
Dimensions à la feuille : H. 0,118 m ; L. 0,095 m
Dimensions au trait carré : H. 0,118 m ; L. 0,095 m
Matière et technique
Gravure sur bois
H. 11,8 ; L. 9,5 cm
Monogrammé AA sur la tablette en haut à droite et daté 1518 au centre de la composition

Lieux et dates

Date de création / fabrication
1518

Données historiques

Historique de l'œuvre
Alfred Coppenrath, sa vente, 20 mars et jours suivants, 1889, Leipzig, n°207, 145,20 [francs?] ; acquis probablement par Ferdinand Prestel pour le baron Edmond de Rothschild. Œuvre conservée dans le portefeuille n°49 du baron Edmond de Rothschild jusqu'en 2016.
Détenteur précédent / commanditaire / dédicataire
Dernière provenance : Rothschild, baron Edmond de
Mode d’acquisition
don
Date d’acquisition
1935

Localisation de l'œuvre

Emplacement actuel
Réserve Edmond de Rothschild

Expositions

- Albrecht Altdorfer. Maître de la Renaissance allemande, Paris, Musée du Louvre, 01/10/2020 - 08/03/2021
Dernière mise à jour le 20.10.2020
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