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Le triomphe de Maximilien : soixante-dixième planche. Trois chevaliers avec les bannières aux blasons de Libein, Acht Gericht et de Reineck

vers 1570/1580
ALTDORFER Albrecht, gravé par
26654 LR/ Recto
Département des Arts graphiques
Numéro d’inventaire
26654 LR/ Recto
Anciens numéros d'inventaire :
3274
Référence de l'inventaire manuscrit :
vol.8, p.34
Collection
Département des Arts graphiques
Collection Edmond de Rothschild
Artiste / Auteur / Ecole / Centre artistique
ALTDORFER Albrecht (vers 1482/1485-1538), gravé par
Ecole allemande

Anciennes attributions :
Burgkmair, Hans l'Ancien (1473-1531), gravé par
((Inventaire Edmond de Rothschild), 1935)

description

Dénomination / Titre
Le triomphe de Maximilien : soixante-dixième planche. Trois chevaliers avec les bannières aux blasons de Libein, Acht Gericht et de Reineck
Description / Décor
Commentaire :
La marche triomphale de l'empereur Maximilien Ier est composée de 38 feuilles ni datées ni signées gravées sur bois. Des porteurs de bannières à cheval avec les armes des territoires bourguignons et autrichiens et des musiciens à cheval rythment le cortège. Le plan de cette marche fut établit par Johannes Stabius sur un projet élaboré par Jörg Kölderer. Les instructions données par Maximilien Ier furent recueillies par son secrétaire Marx Treitzsaurwein dans un manuscrit aujourd'hui conservé à Vienne (Nationalbibliothek, Ms. 2835). Chaque planche de bois fut taillée en plusieurs parties -3 voire plus- par Jost de Negker à Augsbourg et sont aujourd'hui conservés à Vienne (sauf le W. 90. 26a et un fragment du W 90.33).
L'exemplaire de la collection Rothschild appartient à la deuxième édition datée entre 1570 et 1580 (sauf les numéros 26650 LR -66ème planche-, 26659 LR -75ème planche-, 26668 LR -84ème planche-, 26672 LR -88ème planche-), reconnaissable au noircissement de la parie supérieure des bannières.

« Cortège triomphal de l'empereur Maximilien Ier : Les porte-enseignes et les musiciens (32 planches) et le train de l'armée (6 planches). Ensemble de 38 planches sur 136 Imprimé vers 1570-1580. Exécutée à partir de 1516, la série de gravures sur bois connue sous le nom de Cortège triomphal de l'empereur Maximilien Ier devait constituer l'œuvre la plus imposante susceptible de diffuser la Gedechtnus, la mémoire de Maximilien, auprès de ses contemporains et, plus encore, de susciter l'admiration de la postérité. La mise en œuvre du projet, dont les contenus furent dictés par l'empereur en personne, fut confiée à l'humaniste Johannes Stabius. Albrecht Altdorfer suivit ses instructions et livra dans un premier temps une série de cent dix miniatures (cat. 44) censée servir de base pour l'exécution d'une frise de quelque quatre-vingt-quatre mètres de long composée de deux cent dix gravures (1). À la mort de l'empereur Maximilien, en janvier 1519, les travaux préparatoires au triomphe ainsi que les projets de publication encore inachevés furent pour la plupart interrompus (2). Dans sa note du printemps 1519 relative au Cortège triomphal de l'empereur Maximilien Ier, Stabius constatait que seules cent vingt-deux matrices étaient terminées et qu'il en manquait donc encore quatre-vingt-huit, répertoriées avec précision sous forme de liste. Un rapport destiné à Charles Quint, rédigé un peu plus tard, montrait que plus de la moitié de l'ensemble prévu était désormais achevée. Il semble que l'on ait en fait renoncé à mener à bien le projet de départ pour s'en tenir au strict minimum. Un premier examen fait apparaître un ajout d'à peine dix-sept nouveaux bois par rapport à la liste de Stabius, soit quatre chars de triomphe, un certain nombre de guerres et de batailles, ainsi que cinq illustrations sur les dix envisagées pour le tombeau. Il est frappant de constater que toutes ces compositions s'appuyaient sur des esquisses de Hans Springinklee et n'arrivèrent de Nuremberg probablement pas avant 1526 (3). De même que la plupart des œuvres célébrant la mémoire du souverain, le Cortège triomphal de l'empereur Maximilien Ier est un bel exemple de coopération et de répartition des tâches, qui se traduisit par une exploitation remarquable des ressources artistiques et artisanales existantes. Le chef de projet, le juriste d'Augsbourg, humaniste et bibliophile Konrad Peutinger, chargea les artistes retenus pour l'étape finale d'exécuter des dessins au net et de les transférer sur les bois. Sur l'ensemble, qui ne comporta à la fin que cent trente-neuf illustrations, soixante-dix feuilles furent exécutées par Hans Burgkmair l'Ancien, trente-neuf par Albrecht Altdorfer, vingt-deux par Hans Springinklee, quatre par Leonhard Beck et respectivement deux par Hans Schäufelin et Albrecht Dürer. Cent trente-six bois sont aujourd'hui conservés à l'Albertina, à Vienne (4). Il existe par ailleurs deux épreuves d'essai, uniques en leur genre, mais sans les bois correspondants : les Porte- enseignes de Zélande, de Hollande et d'Artois (5) d'Albrecht Altdorfer ainsi que les Hommes avec haches de guerre de Hans Burgkmair l'Ancien (6). La supervision de la taille des bois fut confiée au très talentueux Jost de Negker, qui veilla à ce que des matériaux identiques soient mis à la disposition des dix-sept tailleurs sur bois (Formschneider). Car, sinon, comment interpréter la promesse que ce dernier avait faite à l'empereur de contrôler tous les bois une fois les dessins transférés et de les retravailler le cas échéant « de sa propre main » (aigen hanndt) (7) ? Jan de Bon, Hans Franck, Cornelius et Wilhelm Liefrinck, ainsi que Jan Taberit se chargèrent de tailler les bois à partir des dessins d'Altdorfer ; on ne constate d'ailleurs pas la moindre divergence d'ordre stylistique et encore moins qualitatif dans les travaux effectués par leurs soins. La série de gravures commence par un aperçu de la vie de cour, avec ses chasseurs, ses musiciens, ses bouffons et ses écuyers de tournoi. Puis viennent les vingt feuilles d'Altdorfer avec cinquante-sept porte-enseignes à cheval de l'archiduché d'Autriche et des royaumes de Bohême, d'Angleterre et du Portugal dont l'empereur devait hériter. Elles sont suivies par trois feuilles représentant les joueurs de saqueboutes bourguignons, puis par neuf feuilles consacrées aux porte-enseignes à cheval des États de Bourgogne. Cet ensemble dessiné par Altdorfer est une introduction au Mariage bourguignon qui célèbre l'union de Maximilien avec Marie de Bourgogne en 1477. Albrecht Dürer avait fait un projet représentant cette cérémonie avec un carrosse d'apparat tiré par deux chevaux. Le « cortège impérial à l'occasion du mariage bourguignon » correspond à un ordre de marche précis défini en 1512 : après les joueurs de tambour et de trompette défilent les représentants des territoires héréditaires autrichiens, tous à cheval et arborant des bannières à leurs armoiries ainsi que des couronnes honorifiques (Lobkrenzl). Les représentants des pays dans lesquels l'empereur menait des opérations guerrières sont armés de pied en cap à l'ancienne, tandis que ceux issus de territoires en paix sont parés de leurs plus beaux atours dans leurs costumes traditionnels. Chez les Bourguignons, tous les joueurs de saqueboutes portent des couronnes honorifiques et les porte-enseignes sont richement vêtus (8). Après les carrosses de la noce, l'on voit des guerres, des batailles, des chars de triomphe, le couronnement du monarque en tant que roi des Romains, son arsenal, ses trésors, les projets de tombeau ainsi que des prisonniers. Des trompettistes précèdent les dignitaires de la cour et la noblesse qui encadrent le char de triomphe impérial. Dessinés par Burgkmair, des Kalikutisch leut représentant l'Inde, l'Afrique et l'Amérique du Sud - témoignages du caractère universel de l'empire des Habsbourg - défilent en queue de cortège. Vient en tout dernier le Tross (le train) de l'armée de Maximilien commandé par Hieronymus von Heremberg ; il s'agit d'un ensemble haut en couleurs de troupes montées et de piétaille qu'Altdorfer met en scène dans un paysage de montagnes couvertes de forêts. Il se différencie ainsi des autres illustrations, bien que cet environnement soit déjà présent dans la version des miniatures. Même si les motifs sont similaires, les gravures sur bois ne sont pas de simples reproductions des peintures sur parchemin. Si par exemple le train de l'armée avec le matériel d'intendance, qu'Altdorfer a gravé sur bois, revient sous une forme analogue, en revanche les guerres de Maximilien, que Hans Springinklee ne dessina qu'après la mort de l'empereur, divergent considérablement de leur version sur les miniatures : ainsi les scènes de bataille d'Altdorfer ont-elles été remplacées par des chars d'apparat d'inspiration antique chargés de trophées - lesquels sont, curieusement, des véhicules à propulsion humaine. Alors qu'un nombre important de bois nous sont parvenus, il n'existe aujourd'hui que très peu de feuilles préparatoires de la main des artistes, en l'occurrence deux dessins au lavis très soignés de Hans Burgkmair l'Ancien figurant les « joueurs de tambour » et les « escrimeurs hongrois (9)». Les gravures correspondantes sont dans le même sens, si bien que ces dessins ne se prêtaient pas à un transfert direct sur la matrice (où l'image doit se présenter en contrepartie). Les contours des tambours sont dessinés à la plume, et les effets d'ombre, de lumière et de volume traités dans un lavis délicat, tandis que les Hongrois ont été modelés au fusain ou à la pierre noire. L'on n'observe pas de zones hachurées, pourtant caractéristiques des gravures sur bois. Celles-ci n'ont été précisées que sur les matrices à des fins d'harmonisation, sans doute par Jost de Negker, cité plus haut. Évoquons pour finir le fait que dans son esquisse pour le porteur de la bannière de la Carinthie, Altdorfer s'est référé très précisément à l'illustration d'un cavalier de Maximilien exécutée en 1498 par Dürer : Altdorfer en avait-il une copie sous la main ou le maître lui avait-il permis lors de consultations communes d'avoir recours à des œuvres en réserve dans son atelier (10)
(1. Ce chiffre correspond parfaitement à l'ensemble des cent dix miniatures prévues à l'origine pour représenter le cortège, à raison de deux gravures sur bois pour chaque feuille de parchemin. 2. Voir Metzger 2019b. 3. Metzger 2019b, p. 124. 4. Albertina, Vienne, inv. HO2006/170 à HO2006/305. 5. Brunswick, Herzog Anton Ulrich-Museum, inv. WB 2.26,82. 6. Dresde, Staatliche Kunstsammlungen - Kupferstich-Kabinett, inv. A 4884. C. m. 7. Augsbourg 2019, nos 104 et 105 (C. Metzger et H. Lange-Krach). 8. Schestag 1883, p. 163, 164. 9. Augsbourg 2019, nos 104 et 105 (C. Metzger et H. Lange-Krach). 10. Voir Vienne 2019-2020, 45b nos 170 et 172, ainsi que p. 372, 374.) (C. Metzger, 2020).


Bibliographie :
A. Bartsch, 'Le Peintre graveur », n° 57-88 et 125-128
F. Schestag, «Kaiser MaximilianI. Triumph» in Jahrbuch der kunsthistorischen Sammlungen des Allerhöchsten Kaiserhauses, 1, 1883, pp. 57-88
C. Dodgson, 'Catalogue of Early German and Flemish Woodcuts Preserved in the Department of Prints and Drawings in the British Museum', II, Londres, 1911, p. 235-238, 1-32
F. Winzinger, « Albrecht Altdorfer. Graphik. Holzschnitte. Kupferstiche. Radierungen », Munich, 1963, nos 76 à 81 (train de l'armée), 209 à 240 (porte-enseignes et musiciens)
F. Anzelewsky Altdorfer et le réalisme fantastique dans l'art allemand', cat. exp. Paris, Centre culturel du Marais, 1984, cat. sous la dir. de Jacqueline et Maurice Guillaud, Paris, 1984
H. Mielke in « Albrecht Altdorfer. Zeichnungen, Deckfarbenmalerei, Druckgraphik », cat. exp. Berlin, Staatliche Museen zu Berlin - Kupferstichkabinett, et Ratisbonne, Museen der Stadt Regensburg, 1988, dir. Hans Mielke, Berlin, 1988, no 91
U. Mielke, « The New Hollstein German Engravings, Etchings and Woodcuts 1400-1700: Albrecht and Erhard Altdorfer », Rotterdam, 1997, nos w. 90.1 à 90.38
E. Michel in « Kaiser Maximilian I. und die Kunst der Dürerzeit », cat. exp. Vienne, Albertina, 2012-2013, dir. Eva Michel et Maria Luise Sternath, Munich, Londres et New York, 2012, no 68
C. Metzger, « Der Holz-Kaiser. Die Druckstöcke für Kaiser Maximilians Gedächtniswerk in der Albertina » in « Maximilian I. (1459-1519): Kaiser. Ritter. Bürger zu Augsburg », cat. exp. Augsbourg, Maximilian Museum, 2019, dir. Heidrun Lange-Krach, Ratisbonne, 2019., p. 120-135
C. Metzger, 'Les Commandes de Maximilien' in 'Albrecht Altdorfer. Maître de la Renaissance allemande', Hélène Grollemund, Olivia Savatier Sjöholm, Séverine Lepape, cat. exp. Paris, musée du Louvre, 1er octobre 2020 - 4 janvier 2021, Paris, 2020, pp. 158-159 et n° 45c pp. 172-183, repr. pp. 173-183

Caractéristiques matérielles

Dimensions
H. 0,434 m ; L. 0,598 m
Matière et technique
Gravure sur bois. Le numéro I4, en contrepartie, est gravé sur la droite.
Filigrane aigle à double tête couronné type Meder (1932) 239a.

Lieux et dates

Date de création / fabrication
vers 1570/1580

Données historiques

Historique de l'œuvre
Antonia Brentano, née Birckenstock ; sa vente, Francfort, 16 mai et jours suivants, 1870 ; Marseille Holloway ; baron Edmond de Rothschild ; don au musée du Louvre en 1935.
Œuvre conservée dans le portefeuille n°561 du baron Edmond de Rothschild jusqu'en 2022.
Détenteur précédent / commanditaire / dédicataire
Dernière provenance : Rothschild, baron Edmond de
Mode d’acquisition
don
Date d’acquisition
1935

Localisation de l'œuvre

Emplacement actuel
Réserve Edmond de Rothschild, grand format

L'œuvre est visible sur rendez-vous en salle de consultation des Arts graphiques.

Expositions

- Albrecht Altdorfer. Maître de la Renaissance allemande
Etape :
Musée du Louvre, Paris, France - 01 octobre 2020 - 08 mars 2021
Dernière mise à jour le 25.08.2023
Le contenu de cette notice ne reflète pas nécessairement le dernier état des connaissances