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Enfant endormi dans un berceau sous la garde d'un chien courageux qui vient de tuer près de lui une énorme vipère
1801
RF 706 ; D 49
Département des Peintures
Actuellement visible au Louvre
Salle 936
Aile Sully, Niveau 2
- Numéro d’inventaire
-
Numéro principal : RF 706
Numéro dépositaire : D 49 - Collection
- Département des Peintures
- Artiste / Auteur / Ecole / Centre artistique
-
Chaudet, Jeanne Élisabeth
(Paris, 1767 - Paris, 1832)
France École de
- Dénomination / Titre
- Titre : Enfant endormi dans un berceau sous la garde d'un chien courageux qui vient de tuer près de lui une énorme vipère
- Description / Décor
- Sujet : "Un père, forcé de s'absenter du logis, y avait laissé sous la garde d'un chien un enfant endormi au berceau. Un serpent s'étant glissé dans cette chambre, allait le dévorer, sans le chien qui sauta dessus et le tua. On voit cet animal tenant encore le reptile sous ses pattes. Malheureusement il en fut la victime ; car le père, rentrant chez lui et voyant son chien accourir à lui la gueule ensanglantée, le tua, pensant qu'il avait étranglé son enfant. Mais lorsqu'il le vit sain et sauf, et qu'il aperçut le serpent mort auprès de lui, il fut au désespoir, et se repentit, mais trop tard, de sa précipitation". [extrait du catalogue du musée du Luxembourg, Paris, 1819].
- Dimensions
- Hauteur : 1,14 m ; Hauteur avec accessoire : 1,392 m ; Largeur : 1,34 m ; Largeur avec accessoire : 1,599 m
- Matière et technique
- huile sur toile
- Date de création / fabrication
- 1e quart du XIXe siècle (1801)
- Historique de l'œuvre
-
Exposé au Salon de 1801, Paris, Muséum central des arts (Louvre), n° 62 du livret (n° 226 du registre d'entrée des ouvrages, sans indication de dimensions) ; acquis par la Chambre des Pairs auprès de l'artiste, vers 1817-1818 (don ou achat ?) ; présenté au musée du Luxembourg, Paris, d'avril 1818 jusqu'en 1855 au moins ; déplacé, au sein du palais du Luxembourg, des espaces du musée à ceux du Sénat, vers 1856 ; localisé en 1871 dans le cabinet de travail de Simon Claude Constant-Dufeux (1801-1871), architecte du palais du Luxembourg ; sorti du palais du Luxembourg et déplacé au musée du Louvre entre le 19 et le 25 août 1871 ; envoyé à la Maison d'éducation de la Légion d'honneur à Saint-Denis, le 18 juin 1877 ; rentré de Saint-Denis et mis en réserve aux magasins du musée du Louvre le 14 février 1882 ; inscrit sur l'inventaire des peintures des Musées nationaux, sous le n° "R.F. 706", en 1892 ; mis en dépôt au musée de Rochefort (Charente-Maritime) le 14 mai 1892 ; rentré de Rochefort au musée du Louvre (fin de dépôt) le 23 octobre 2023.
Commentaire :
La petite enfance, son innocence et ses premières expériences sensibles, est le sujet dominant des créations de Jeanne Élisabeth Chaudet ainsi que de son premier mari, le sculpteur et peintre Antoine Denis Chaudet (1763-1810). Le couple imagine des compositions originales sur ce thème et crée ensuite des oeuvres qui se répondent : par exemple, le motif de l'enfant endormi dans un berceau d'osier, sous la garde d'un chien, se manifeste à la fois dans la présente peinture de Jeanne Élisabeth et dans un petit groupe sculpté, à la même époque, par son époux ("Paul et Virginie au berceau").
Le sujet ici représenté est rare dans l'histoire de la peinture. Jeanne-Élisabeth Chaudet l'a conçu d’après un récit intitulé « Le chien et le serpent ». Elle l'a probablement trouvé sous la forme du conte en vers publié par Barthélemy Imbert dans son "Choix de fabliaux" (t. 1, Paris, Le Prieur, 1795). Ce poème était lui-même la synthèse d’un fabliau médiéval collecté et publié par Pierre Jean-Baptiste Legrand d’Aussy en 1781 ("Fabliaux ou contes du XIIe et du XIIIe siècle", t. 3, Paris, Eugène Onfroy, 1781). L'histoire se situe à Rome, au Moyen Âge : un nourrisson, unique héritier d’une riche famille de la ville, est laissé seul dans une chambre par ses nourrices, curieuses d’aller observer depuis le toit un tournoi auquel sont partis assister les parents. Laissé sans surveillance humaine, l'enfant échappe heureusement à la morsure mortelle d’une vipère grâce à la vigilance du chien de la maison qui la tue au terme d’un vif combat. Mais au retour des servantes et des parents, à la vue du sang versé, tous croient d’abord que le chien vient de tuer l’enfant. Fou de rage, le père décapite le chien avant de comprendre sa méprise et de s’infliger la même pénitence que pour le meurtre d’un homme.
Chaudet n'illustre pas littéralement le fabliau : elle ne laisse rien deviner de l’issue tragique, et omet de peindre le berceau renversé, couvert de sang par le combat entre le chien et le serpent. Écartant la violence, elle privilégie le sang-froid avec lequel le chien monte la garde après avoir terrassé la vipère sous ses griffes, et le sommeil imperturbable du bébé. Ce dernier apparaît dans l’éclat de sa jeunesse et dans l’abandon complet au sommeil, signifié par le bras posé sur la tête : ce code de représentation est repris des sculptures gréco-romaines représentant le sommeil d’Éros. La blancheur de l’enfant contraste avec le pelage noir du chien, sentinelle pleine de grandeur calme et de noble simplicité : fait rare, c’est ici l’animal qui est doté du comportement du héros vertueux, tel que l'a codifié Johann Joachim Winckelmann, historien de l'art antique.
La noblesse de la composition et la taille du tableau en font plus qu'une peinture de genre : elle prend la force d'une allégorie de l'Innocence (l'enfant) et du Dévouement (le chien) qui désignent ensemble un troisième terme, celui de l'ingratitude et de la négligence des adultes. Cette création de Chaudet illustre la façon dont, à partir de nouveaux matériaux littéraires et par la fusion de différents genres, une artiste qui ne bénéfice pas de commandes officielles propose un nouveau type de peinture édifiante, indépendante des canons héroïques classiques et des exemples de la religion chrétienne.
(Côme Fabre, décembre 2025) - Mode d’acquisition
- reversement
- Date d’acquisition
-
date d'arrivée au Musée : 1871
date de l'inscription sur l'inventaire : 1892 - Propriétaire
- Etat
- Affectataire
- Musée du Louvre, Département des Peintures
- Emplacement actuel
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Sully, [Peint] Salle 936 - Pierre Henri de Valenciennes (1750-1819) et l’étude d’après nature / Pierre-Paul Prud’hon (1758-1823)
- Mode d'acquisition
- reversement
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Sages comme une image ? L'enfance dans l'oeil des artistes, cat. exp. (Le Mans (Externe, France), Musée de Tessé, 2025 ; Bordeaux (Externe, France), Galerie des Beaux-Arts, 2025), Paris, Lienart, 2025, p. 54, ill.coul., cat.3
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Centre d'archéologie et d'ethnologie poitevines ; Musée Sainte-Croix (dir.), Entrer dans la vie en poitou du XVIe siècle à nos jours, cat. exp. (Poitiers, 18 décembre 1987 - 2 mars 1988), Poitiers, Musée Sainte-Croix, 1988, p. 11
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Foucart-Walter, Élisabeth, « Tableaux déposés par le Louvre », dans Compin, Isabelle ; Roquebert, Anne (dir.), Catalogue sommaire illustré des peintures du musée du Louvre et du musée d'Orsay. V. Ecole française. Annexes et index, Paris, Editions de la Réunion des musées nationaux, 1986, p. 194-394, p. 224
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- Sages comme une image ? L'enfance dans l'oeil des artistes, Bordeaux (Externe, France), Galerie des Beaux-Arts, 03/07/2025 - 03/11/2025, étape d'une exposition itinérante
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- Sages comme une image ? L'enfance dans l'oeil des artistes, Le Mans (Externe, France), Musée de Tessé, 14/02/2025 - 08/06/2025, étape d'une exposition itinérante
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- Un quatuor d'exception, les sœurs Lemoine ou la révolution du portrait, Grasse (Externe, France), Musée Jean-Honoré Fragonard (privé), 10/06/2023 - 08/10/2023