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L'Annonciation
1820
RFML.PE.2025.13.1
Département des Peintures
- Numéro d’inventaire
- Numéro principal : RFML.PE.2025.13.1
- Collection
- Département des Peintures
- Artiste / Auteur / Ecole / Centre artistique
-
Overbeck, Johann Friedrich
(Lübeck, 1789 - Rome, 1869)
Allemagne École de
- Dénomination / Titre
- Titre : L'Annonciation
- Description / Décor
- La composition est peinte sur un support rectangulaire et selon un format arrondi en plein cintre en haut (les deux écoinçons supérieurs sont peints en noir). La scène de l'Annonciation est représentée au premier plan, éclairée par la gauche, et prend place dans une loggia à la voûte en croisée d'ogives, portée par deux fines colonnes (l'une bleue, l'autre verte) aux chapiteaux composites d'aspect cuivré. À gauche, l'archange Gabriel, vu de profil, s'agenouille et bénit la Vierge Marie. Il tient dans la main gauche un sceptre et une tige de lys blancs en fleur. Il est vêtu d'une tunique verte à manches longues, sous une robe sans manches rose à reflets jaunes, dont les bords sont garnis d'un orfroi. Les ailes de l'ange sont violettes et orangées. À droite, la Vierge Marie est assise sur un tabouret de bois garni d'un coussin vert. Elle interrompt la lecture d'un ouvrage à la couverture verte claire qu'elle tient dans sa main droite ; sa main gauche refermée est ramenée sur son ventre. Sa tête nue, aux cheveux dénoués, entourée d'une fine auréole d'or, est inclinée vers Gabriel ; son regard est baissé. Marie est vêtue d'une robe rouge à manches longues, couverte d'un manteau jaune et bleu. Le carrelage de la loggia, d'une teinte rose très pâle, est structuré selon des motifs de caissons. Au centre, le parapet s'ouvre sur un palier d'escalier dont la balustrade est en briques rouges. L'escalier mène à un petit jardin fleuri au milieu duquel saint Joseph, en tunique rouge et chapeau noir, apparaît en jardinier : il tient un arrosoir dans la main droite et une bêche dans la main gauche. Derrière lui, le jardin est délimité au fond par une palissade de plessis et par une porte en bois rustique entr'ouverte dans un encadrement en bois également. Le jardin est délimité à gauche par une haute église aux murs roses, caractérisée par un clocher plat (campanile "a vela"). À l'extrémité gauche de la composition, on aperçoit le portique d'un puits, constitué de deux fûts de colonnes antiques relevés (l'une en travertin, l'autre en marbre cannelé) qui supportent une traverse constituée d'un fragment d'entablement en marbre antique. À l'extrémité droite de la composition, on voit un buisson de fleurs blanches, et une falaise rocheuse couronnée d'herbes sauvages et de souches d'arbres morts. À l'arrière-plan, au-delà du jardin, se déploie un vaste paysage fermé par de hautes montagnes bleues. Au pied des montagnes s'étend un lac dont les rives sont peuplées de diverses constructions : une tour munie d'un cadran d'horloge et une église gothique entourée d'une petite ville. À droite, dominant un groupe d'arbres, un piton rocheux est couronné par une forteresse munie de tours crénelées. Dans le ciel d'un bleu pur légèrement dégradé (seulement animé de deux nuages blancs à droite) apparaît au centre une colombe blanche, symbole du Saint-Esprit, dont partent quelques rayons dorés en direction de la Vierge Marie.
- Inscriptions
- Signature :
"FO [monogramme] / 1820" (vers le bas à droite, sur le bloc situé en arrière de la Vierge Marie) - Dimensions
- Hauteur : 0,79 m ; Largeur : 0,515 m
- Matière et technique
- huile sur toile
- Date de création / fabrication
- 1e quart du XIXe siècle (1820)
- Historique de l'œuvre
-
Commandé à l’artiste par Friedrich Fromm en 1815 ; peint à Rome, livré en septembre 1820 à Lübeck (chez les parents de l'artiste) puis à Parchim (chez le commanditaire) ; collection de Dr. Friedrich Ernst Carl Fromm (1776-1846), magistrat à Parchim puis à Rostock ; par héritage à la fille de ce dernier, Bertha ; collection de Bertha Stannius, née Fromm (1819-1905), à Rostock ; par héritage à la fille de cette dernière, Bertha ; collection de Bertha Förster, née Stannius (1844-1915) ; par héritage à la fille de cette dernière, Margarete Auguste ; collection de la baronne Margarete Auguste Sophie Emma Johanna von Vietinghoff-Scheel, née Förster (1878 - ?) ; par héritage à la fille de cette dernière, Ilse Bertha ; collection d’Ilse Bertha Valeska Castorf, née von Vietinghoff-Scheel (1899-1990) ; par héritage à la fille de cette dernière, Ilse Marianne ; collection d’Ilse Marianne Hedwig Roger, née Castorf (1933-1990) ; par héritage à son fils ; mis en vente par ce dernier, à Paris, étude Tajan, 27 mars 2025, lot n° 113, estimé 100 000 - 150 000 euros, adjugé 100 000 euros (131 200 euros frais compris) et préempté par le musée du Louvre ; inscrit sur l'inventaire des Peintures du musée du Louvre sous le n° "RFML.PE.2025.13.1" en 2025 ; restauré par Audrey Bourriot (nettoyage, réintégration et revernissage de la couche picturale) au Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), Paris, de septembre 2025 à mai 2026.
Commentaire :
Cette "Annonciation", peinte à Rome par Overbeck, lui a été commandée en 1815 par un magistrat du Mecklembourg (nord-est de l'Allemagne actuelle), région dont l'artiste était aussi originaire. L'Annonciation s’est ensuite transmise dans sa descendance jusqu'en 2025, sans jamais être exposée, ni reproduite ni publiée.
Après sa formation à l'Académie des beaux-arts de Vienne (Autriche) de 1806 à 1810, Overbeck s'est installé à Rome en juin 1810 en compagnie de condisciples germanophones avec lesquels il avait fondé la "confrérie de saint Luc" ("Lukasbrüderschaft"). Cette réunion volontaire avait pour intention de faire sécession avec la formation académique, de travailler en communauté et de se consacrer activement à la régénération de la peinture religieuse chrétienne en prenant modèle sur les artistes italiens et germaniques du 15e siècle et du début du 16e siècle (Pérugin, Raphaël, Dürer).
Pour répondre à la commande de Friedrich Fromm, Overbeck réutilise la composition d'une "Annonciation" qu'il avait conçue en 1814 pour un diptyque consacré à la Vierge Marie, probablement à la suite de sa conversion personnelle au catholicisme en 1813 (l'artiste avait été élevé par sa famille dans la religion chrétienne réformée de tradition luthérienne, majoritaire à Brême). Dans ce dessin (conservé à Bâle, Kupferstichkabinett), l'Annonciation est représentée à gauche, et la Visitation à droite. Dans cette composition, Overbeck reprend la tradition iconographique de l’Annonciation telle qu’elle s’est stabilisée dans la peinture italienne du Trecento : l’archange est placé à gauche de l’image, agenouillé et vu de profil, et s’adresse à la Vierge qui se tient à droite, un livre à la main. Les symboles attendus du mystère de l'Incarnation sont le vase, la branche de lys et le jardin clos. Un élément plus inattendu, et qui semble une invention personnelle d'Overbeck, est l'apparition de saint Joseph à l’arrière-plan, dans le jardin. Dans la tradition picturale occidentale, l'époux de Marie est associé aux scènes de la Nativité et de l'Adoration de l’Enfant Jésus, quasiment jamais aux représentations de l'Annonciation. Son activité est également surprenante : au lieu d’exercer la charpenterie, il se consacre au jardinage et arrose des fleurs. Ce geste prend sens lorsque l'on prend conscience que le jardin clos est la métaphore du corps à la fois fécond et vierge de Marie : Joseph n’est pas le géniteur (celui qui sème) mais le père nourricier (celui qui abreuve et soigne) de l'Enfant Jésus.
Pour répondre à la commande du magistrat Fromm, Overbeck détache l’Annonciation du diptyque dessiné afin de l'adapter en tableau de chevalet autonome, de moyen format. La scène doit fonctionner indépendamment de la Visitation, l’artiste corrige donc la perspective de sorte que le point de fuite soit centré dans la composition. C’est au cours de l’exécution picturale, menée vraisemblablement en 1819 et au début de l’année 1820, qu’Overbeck apporte des modifications plus importantes à son Annonciation. Le repentir le plus manifeste est celui du vase posé au sol à côté de la Vierge, presque au centre de la composition. Après l’avoir peint, Overbeck l'a finalement supprimé, déplaçant la branche de lys dans le bras gauche de l’archange Gabriel, parallèlement à son sceptre. Par la même occasion, les motifs et le coloris du carrelage sont modifiés. Ces repentirs sont discernables aujourd’hui par effet de transparence accrue de la couche de peinture superficielle claire. L’artiste a ainsi jugé préférable d’alléger et de libérer l’espace séparant l’archange et la Vierge Marie.
Si le premier plan est simplifié, l’architecture de la loggia fait au contraire l’objet de développements ornementaux par rapport au dessin de 1814. Les fûts de colonnes prennent une section hexagonale et non plus ronde, et sont dotés d’une coloration différenciée, peut-être dans un but symbolique : le bleu céleste de la colonne de gauche est à l’aplomb de l’archange, tandis que la colonne de droite prend une teinte verte, au droit de la Vierge ici associée au jardin clos. La voûte à croisée d’ogives est enrichie d’un décor de nervures secondaires (liernes et tiercerons) caractéristique du gothique flamboyant du Nord de l’Europe. Dans le paysage d’arrière-plan, Overbeck transforme, au centre et à droite, le paysage rustique (un village au bord d’un lac, des rochers couverts de végétation) en un paysage plus habité et animé (tour de guet, moulin, ville, église gothique, château fort) inspiré de la Renaissance germanique. Afin de dégager la vue, deux arbres grêles et élancés poussant près de la clôture en plessis sont supprimés. À l’instar du paysage, le personnage de Joseph prend une apparence plus septentrionale et tardo-médiévale : au lieu du manteau porté à la manière d’une toge antique, Joseph est finalement vêtu d’une longue robe aux manchettes fourrées, couverte d’un épais manteau, tandis que sa tête, nue dans le dessin, est protégée par un chapeau, dans le tableau. Overbeck lui ajoute une bêche dans le bras gauche, en plus de l'arrosoir dans la main droite. Enfin, dans le haut du ciel, au centre exact de l’arcade centrale dont la vue est libérée par la suppression des arbres, Overbeck place la colombe du Saint-Esprit.
Ces nombreuses modifications témoignent du soin qu’Overbeck a donné à cette composition achevée en 1820, cinq ans après la commande. "L’Annonciation" n’est donc pas une simple réplique en couleurs dérivée du diptyque dessiné de 1814, c’en est une reformulation autonome, longuement mûrie et enrichie, où le dialogue entre art italien et art germano-flamand atteint un degré supérieur, propagé au paysage et au décor architectural. La lenteur d’exécution s’explique aussi par le fait qu’Overbeck était absorbé par les premières commandes de peintures à fresque dans des maisons romaines, passées au groupe des Nazaréens : d’abord le salon de la Casa Zuccari pour le consul de Prusse Bartholdy (de 1816 à 1817), puis le décor intérieur du casino (pavillon de chasse) du marquis Carlo Massimo, à partir de 1817. Enfin, l’artiste se marie le 18 octobre 1818 avec Anna (dite Nina) Schiffenhuber-Hartl et de cette union naît un garçon le 23 août 1819.
Overbeck puise l’inspiration fondamentale son Annonciation dans la peinture italienne de la deuxième moitié du 15e siècle. Il applique le « dispositif à percée centrale » allié au type architectural du « palais-villa », dont l'historien de l'art Daniel Arasse a retracé la genèse en Toscane dans les années 1440-1450 et le grand succès jusqu’aux années 1510-1520. La pose et le costume de l’archange Gabriel, vu de profil, le genou droit au sol et bénissant la Vierge de la main droite, sont inspirés des Annonciations de Pérugin et de Fra Bartolomeo, notamment celle achevée en 1497 pour la chapelle de la Santissima Annunziata de la cathédrale de Volterra, en Toscane (Volterra, cathédrale, chapelle du Rosaire). Au-delà de la loggia, le paysage est subdivisé entre l’espace privé et protégé du jardin, et le vaste monde terrestre : ce schéma s’inscrit dans l’héritage pictural flamand du milieu du 15e siècle et présente une forte analogie avec la "Vierge et l’Enfant au chancelier Rolin" de Jan van Eyck (conservé à Paris, musée du Louvre). Il est certain qu’Overbeck n’a jamais eu d’accès visuel direct à cette peinture qui, depuis Autun où elle était conservée depuis l’origine, a rejoint en 1800 les collections du Muséum central des arts à Paris (futur musée Napoléon puis musée du Louvre) pour ne plus le quitter. Mais l’œuvre a été gravée en 1813 pour illustrer un "Cours élémentaire de peinture" par Antoine Michel Filhol et Joseph Lavallée (t. 9, Paris, 1813) possiblement consultable à Rome. Par ailleurs, la "Vierge du chancelier Rolin" a fait l’objet d’une description littéraire enthousiaste de l'écrivain allemand Friedrich Schlegel, dix ans plus tôt, dans l’une de ses "Descriptions de tableaux" envoyées depuis Paris à la revue germanophone "Europa" dont il était le rédacteur en chef. Autre source probable, le "Saint Luc dessinant la Vierge" de Rogier van der Weyden devait être connu d’Overbeck, non seulement en raison des copies peintes qui en ont été faites (dont une visible à Munich), mais aussi du sujet qui résonnait intimement avec le patronage spirituel de saint Luc que s’étaient choisi les Nazaréens ("Lukasbrüder").
Le paysage se caractérise par l’assemblage de motifs architecturaux italiques et germaniques. L'église visible à gauche de l’Annonciation, revêt une apparence méridionale grâce au crépis rosé, au clocher-mur et aux tuiles romanes qui couvrent l’absidiole. À l’extrême gauche de la composition se devine un puits dont la poulie est suspendue à un portique de fortune édifié en relevant des fragments de colonnes d'entablement antiques. Les ruines païennes dominées par l’architecture chrétienne sont un poncif de la peinture religieuse de la Renaissance italienne, exprimant à la fois le prestigieux ancrage romain de la papauté, mais aussi la victoire du christianisme sur le paganisme. Le paysage à l’arrière-plan et à droite est pour sa part redevable à l’architecture et à la peinture germaniques : la vue de ville gothique située de l’autre côté d’une rivière, avec une tour de guet au premier plan rappelle la vue de Munich prise depuis la rive droite de l’Isar, peinte en 1761 par Bernardo Bellotto (Munich, Alte Pinakothek) et abondamment diffusée par la gravure. Les tons gris et bleutés des escarpements montagneux imaginaires font penser aux dessins de paysages d’Albrecht Dürer ; quant à la forteresse perchée sur un piton rocheux à droite, elle évoque les paysages dont Lucas Cranach l’Ancien ornait fréquemment l’arrière-plan de ses scènes historiques et bibliques.
La savante fusion de références méridionales et septentrionales, qui caractérise la peinture d’Europe occidentale des années 1470-1490, est ici réactivée par Overbeck selon des assemblages inédits. Contemporaine d'"Italia et Germania", chef-d'oeuvre allégorique et programmatique d'Overbeck (conservé à Munich, Neue Pinakothek), l'"Annonciation" n’est pas le plagiat d’une œuvre précise ni le pastiche d’un artiste particulier du Quattrocento finissant. Overbeck ajoute, à trois siècles d’écart, un nouveau chapitre à une branche de la peinture religieuse européenne qui avait été mise en sommeil vers 1520. Le jeu de multiples citations formelles n’est pas pour l’artiste une fin en soi, mais le moyen pour atteindre le but élevé dont il ne s’est jamais départi : raviver la foi religieuse de ses contemporains par une peinture à la fois savante et touchante, qui apporte consolation et sérénité à ceux qui la contemplent. L’Annonciation de 1820 est à ce titre un exemple représentatif de la renaissance de la peinture dévotionnelle que recherchent Overbeck et ses confrères nazaréens.
(Côme Fabre, avril 2025) - Mode d’acquisition
- achat par préemption en vente publique
- Date d’acquisition
-
date : 12/03/2025
Commission acquisition : 12/03/2025
date : 20/03/2025 (délégation conseil artistique)
Conseil artistique : 20/03/2025
date de décision : 04/04/2025
date de l'inscription sur l'inventaire : 04/04/2025
date d'affectation : 15/05/2025 - Propriétaire
- Etat
- Affectataire
- Musée du Louvre, Département des Peintures
- Emplacement actuel
-
non exposé
- Mode d'acquisition
- achat par préemption en vente publique
-
Fabre, Côme, « Overbeck le Nazaréen enfin au Louvre », Grande Gaerie le Journal du Louvre, n°71, Eté, 2025, p. 22-23, ill.coul.
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Thimann, Michael, Overbeck und die Bildkonzepte des 19. Jahrhunderts, Ratisbonne, Verlag Schnell & Steiner, 2014, p. 253-255
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Piantoni, Gianna ; Susinno, Stefano (dir.), I Nazareni a Roma, cat. exp. (Rome, Galeria nazionale d'arte moderna, 22 janvier - 22 mars 1981), De Luca Editore, Rome, 1981, n°69
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Jent, Hermann, Emilie Linder (1797-1867). Studie zur Biographie der Basler Kunstsammlerin und Freudin Clemens Brentanos, Berlin, 1970, p. 28-30, 54
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Howitt, Margaret, Friedrich Overbeck : sein Leben und Schaffen, nach den Briefen und andern Dokumenten des handschriftlichen Nachlasses. 1. Band (1789-1833), Fribourg-en-Brisgau, Herder'sche Verlagshandlung, 1886, p. 460-462
description
Caractéristiques matérielles
Lieux et dates
Données historiques
Localisation de l'œuvre
Index
Dernière mise à jour le 25.03.2026
Le contenu de cette notice ne reflète pas nécessairement le dernier état des connaissances
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