RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) - Michel Urtado
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Le Départ pour le sabbat

1506
Numéro d’inventaire
INV 18867, Recto
Anciens numéros d'inventaire :
NIII 8248
MA 7749
Numéros de catalogues :
Allemands A 8
Référence de l'inventaire manuscrit :
vol.8, p.77
Collection
Département des Arts graphiques
Cabinet des dessins
Fonds des dessins et miniatures
Artiste / Auteur / Ecole / Centre artistique
ALTDORFER Albrecht (vers 1482/1485-1538)
Ecole allemande

Anciennes attributions :
ANONYME ALLEMAND XVIè s

description

Dénomination / Titre
Le Départ pour le sabbat
Type d'objet
Dessins
Description / Décor
Commentaire :
Voir le dessin RF 1083 et la gravure 784 LR. « Au début des Temps modernes, chacun était convaincu qu'il existait des sociétés secrètes dont les participants, hommes et femmes mus par le diable, se livraient a des actes de violence. C'est ce type de complot qui est représenté dans Le Départ pour le sabbat exécuté en 1506 par Altdorfer, ou l'on voit a l'orée d'une forêt un groupe de femmes au regard mauvais, nues pour la plupart ; leurs mouvements paroxystiques les font tomber en transe avant de leur permettre finalement de prendre la voie des airs. Différents attributs témoignent du caractère répréhensible de leurs agissements: les quenouilles déposées au fond à droite, le crâne d'un animal, le couvercle lié aux pratiques alchimistes et la fourche, qui va bientôt permettre à la sorcière du milieu, celle qui a le bras gauche tendu, de se propulser dans les airs. Cette dernière ainsi que celle de gauche portent une bourse a la ceinture, un privilège réservé aux citadines1 et qui révèle l'omniprésence des femmes capables de pactiser avec le diable, un danger quotidien jusqu'au coeur des foyers. Environnées de volutes de vapeur et de fumée, leurs sœurs chevauchent des boucs au moment de prendre leur envol. Elles s'éloignent ainsi de la ferme représentée en arrière-plan, à gauche entre les buissons, qui symbolise un monde humain censé être synonyme de sécurité, tandis que les femmes restées à terre se félicitent en jubilant a la perspective du malheur à venir. Pour le fond de cette feuille en clair-obscur, Altdorfer a choisi un brun rouge en contraste avec les nuances en noir et blanc du dessin, ce qui lui permet d'amener la fureur, la violence et l'énergie de la scène a un paroxysme d'exaltation bruyante. Ce dessin d'Altdorfer fait suite aune gravure de Dürer qui s'était déjà intéressé au même sujet avec ses Quatre sorcières2, des sorcières dont il ne présentait pas les débordements éhontés, préférant mettre en avant leurs avantages charnels. Mais avec la Sorcière chevauchant un bouc avec quatre angelots3, une gravure exécutée en 1500, le même Dürer ose aborder lui aussi les excès a la fois redoutés et fascinants attribués aux liaisons contre nature avec le démon, tels qu'ils sont décrits en mots et en images dans les traités de criminologie du Moyen Âge tardif4. A noter qu'Altdorfer ne se préoccupe pas comme Dürer de reproduire le corps féminin avec exactitude. Quant à la référence aux Bacchanales de Mantegna, dont l'influence serait évidente dans la position et le geste de la sorcière du milieu5, elle n'est guère convaincante. L'oeuvre de Hans Baldung Grien Les Sorcières se présente semble-t-il comme une suite à la scène dépeinte par Altdorfer près d'une décennie plus tôt : si les quatre sorcières, un enfant et un chat sont représentés en train de festoyer, l'ambiance est étrange, car dénuée de communication entre les protagonistes, qui semblent absentes, comme droguées. Une femme est assise sur le sol et, négligeant son grimoire de magie posé à côté d'elle, elle utilise une bougie pour mettre le feu aux puissantes flatulences qui émanent de ses entrailles. De la gueule du chat s'échappent aussi des gaz enflammé sou des vomissures. Dans le dos de la sorcière assise se tient la deuxième larronnesse, qui, de ses bras tendus, présente avec adresse un plateau d'ossements humains, tandis que la troisième, cheveux flottant encore au vent, revient à peine de la chevauchée qu'elle n'a pas craint d'entreprendre en compagnie de l'enfant tout juste descendu de la fourche posée devant elle. Comme autant de trophées sont suspendues une amulette magique avec des dés et une tête de mort miniature dans laquelle la femme aux flatulences introduit deux doigts de sa main droite levée. La doyenne de l'assemblée pose des saucisses évoquant clairement des attributs masculins sur le bâton qui lui a servi de monture et qu'elle glisse entre les jambes de la sorcière debout, dans une parodie de castration. Baldung donne ici la préférence au type de la femme bien en chair qu'il a toujours privilégié: toute l'image est en effet dominée par des corps aux formes épanouies. Le fond est traité dans un ton vert-bleu froid qui fait peser une étrange chape de plomb sur cette scène pour le moins turbulente. Cependant, à la suite des frottements imposés a sa surface, la feuille a quelque peu perdu la richesse des contrastes existant à l'origine. (1.Voir Albrecht Dürer Nurembergeoise en robe d'intérieur, 1500, Vienne, Albertina, inv. 3071 ; voir Vienne 2019-2020, no 70 et p. 182-183. 2. Schoch, Mende et Scherbaum 2001-2004, I, no 17. 3. Schoch, Mende et Scherbaum 2001-2004, I, no 28. 4. Voir les sept illustrations gravées sur bois dans Ulricus Molitoris, De lamiis et phitonicis mulieribus, Reutlingen, vers 1489. 5. Voir Berlin et Ratisbonne 1988, p. 34. 6. La copie exécutée a l'époque par Urs Graf et conservée a l'Albertina, Vienne, inv. 3048, a été faite sur un papier préparé d'un brun chaud) » (C. Metzger, 2020) Bibliographie : L. Demonts, 'Inventaire général des dessins du Nord. Écoles allemande et suisse, I, Paris, 1937., no 8 F. Winzinger, 'Albrecht Altdorfer Zeichnungen, Gesamtausgabe', Munich, 1952, no 2 S. Schade, 'Schadenzauber und die Magie des Körpers. Hexenbilder der frühen Neuzeit', Worms, 1983, pp. 62-67 H. Mielke in 'Albrecht Altdorfer Zeichnungen Deckfärbenmalerei, Druckgraphik', Berlin et Ratisbonne 1988, n° 7 E. Starcky in 'Dessins de Dürer et de la Renaissance germanique' (Paris, musée du Louvre, 1991-1992), Paris, 1991., n° 114 S. Söll-Tauchert in 'Hans Baldung Grien sacré / profane', H. Jacob-Friesen, J. Carrasco, J. Scherrer, cat. exp. Karlsruhe, Staatliche Kunsthalle, 30 novembre 2019 - 8 mars 2020, Berlin - Munich, 2019, voir le n°152, pp. 318-319 et note 7 p. 318 H. Grollemund, 'Albrecht Altdorfer Maître de la Renaissance allemande' in 'Arts & métiers du livre', n° 340, septembre - octobre 2020, pp. 41-49, repr. p. 42 C. Metzger in 'Albrecht Altdorfer. Maître de la Renaissance allemande', Hélène Grollemund, Olivia Savatier Sjöholm, Séverine Lepape, cat. exp. Paris, musée du Louvre, 1er octobre 2020 - 4 janvier 2021, Paris, 2020, n° 15a, pp. 80-81, repr. p. 81

Caractéristiques matérielles

Dimensions
H. 0,179 m ; L. 0,124 m
Matière et technique
Plume, encre noire, rehauts de gouache blanche sur papier préparé rouge brique. En bas à gauche, de la main de l'artiste, à la plume et encre noire, monogramme et la date : 1506. Au verso, en bas à droite, à la plume et encre brune, annoté : 311 transformé en 611. Filet d'encadrement à la plume et encre noire. Collé en plein.

Lieux et dates

Date de création / fabrication
1506

Données historiques

Historique de l'œuvre
Charles Jean Baptiste de Bourgevin Vialart, comte de Saint-Morys ; saisie des biens des Émigrés en 1793 , remise au Muséum en 1796-1797 ; musée du Louvre, marque en bas à droite (L. 1955). ; montage ancien conservé à la réserve Rubens.

Inventaire du musée Napoléon :
Inventaire du Mus¿e Napol¿on. Dessins. Vol.6, p.987, chap. : Ecole allemande, Carton 80. (...) Num¿ro : 7749. Nom du ma¿tre : Idem & Durer, Albert /&. Num¿ro d'ordre dans l'oeuvre du ma¿tre : 36. D¿signation des sujets : Le Départ pour le Sabat. Dessin à la plume, rehaussé de blanc. Il est collé sur papier. Dimensions : H. 18 x L. 12,5cm. Origine : Idem & Collection nouvelle /&. Emplacement actuel : Calcographie du Musée Napoléon. Observations : Remis au Musée le 16 juin 1830 à l'encre. Signe de recollement : Vu au crayon#trait oblique / au crayon / sur le n° d'ordre. Cote : 1DD38 Note relative ¿ la saisie informatique : Observations : la mention de remise au musée, précisée dans la notice n ° 7700, concernerait les notices n° 7700 à 7999..
Détenteur précédent / commanditaire / dédicataire
Dernière provenance : Saint-Morys, Ch.-P.-J.-B. de Bourgevin Vialart de
Mode d’acquisition
Saisie des Emigrés
Date d’acquisition
1793

Localisation de l'œuvre

Emplacement actuel
Petit format

Expositions

- Le corps et son image : anatomies, académies...Dessins dans les collections du Louvre, Paris, Musée du Louvre, 10/06/1977 - 26/09/1977
- Albrecht Altdorfer : Zeichnungen, Deckfarbenmalerei, Druckgraphik, Berlin, Staatliche Museen zu Berlin - Preussischer Kulturbesitz, 12/02/1988 - 17/04/1988
- Dessins des écoles allemandes du XVe au XVIIe siècle : de Stephan Lochner au luminisme d'Adam Elsheimer : IVe exposition du Cabinet des dessins, Paris, Musée du Louvre, 24/10/1952 - 16/03/1953
- Bosch, Goya et le fantastique dans l'art, Bordeaux, Musée des Beaux-Arts de Bordeaux, 20/05/1957 - 31/07/1957
- Il paesaggio nel disegno del cinquecento europeo, Rome, Académie de France à Rome, 20/11/1972 - 31/01/1973
- Envoi au Musée de Berlin en échange du prêt pour l'exposition Rubens, Berlin, Staatliche Museen zu Berlin - Preussischer Kulturbesitz, 28/11/1936 - 12/02/1937
- Dessins de Dürer et de la renaissance germanique dans les collections publiques parisiennes : 98e exposition du Cabinet des dessins, Paris, Musée du Louvre, 22/10/1991 - 20/01/1992
- Le XVIe siècle européen : Dessins du Louvre, Paris, Musée du Louvre, 20/10/1965 - 22/01/1966
- Albrecht Altdorfer. Maître de la Renaissance allemande, Paris, Musée du Louvre, 01/10/2020 - 08/03/2021
Dernière mise à jour le 25.09.2020
Le contenu de cette notice ne reflète pas nécessairement le dernier état des connaissances